Accueil
avec les organisations de Sail Training en Allemagne, Australie, Belgique,
Bermudes, Canada, Danemark, Espagne, Finlande, Irlande, Italie, Lettonie,
Norvège, Nouvelle Zélande, Pays-Bas, Pologne, Portugal, Russie, Royaume-Uni,
Suède, U.S.A., est membre fondateur de :
Entrez sur le site international

.

La recette de l’Aventure

Par Cyril MILLET
- en direct du trois-mâts goélette La Boudeuse



 


Amarrée au quai de Bercy depuis plus d'un an, La Boudeuse compte les saisons en attendant sa nouvelle heure de gloire, se languissant d'un autre tour du monde, d'un nouvel équipage et d'une autre aventure. Elle devra se séparer de ses trois mâts pour remonter la Seine jusqu'au Havre, trouver un chantier digne de ses 46 mètres et faire peau neuve. Épiderme d'acier, recouvert d'antifooling et de peinture, le lifting prendra de longues semaines pour pouvoir glisser sur les océans et les fleuves, comme sur le temps. Le temps de bien partir, d'aller jusqu'au bout et de profiter de tout ce qui ne manquera pas d'arriver entre les deux. C'est ce temps, si relatif, qui m'a tant séduit, c'est lui qui me fit embarquer. Dans un monde ou tout va si vite, ou parcourir la planète entière peut prendre quelques heures, je voulais voyager au rythme des rencontres, au rythme des éléments, au rythme du vent.



Cuisinier du bord depuis trois mois, parfait inconnu, je vaque à de sommaires occupations, aussi triviales qu'essentielles. Balayer, aspirer, faire les cuivres, sortir les poubelles, briquer le pont ou bien sûr, confectionner les repas d'un modeste équipage, le capitaine Patrice Franceschi, Amaury l'administrateur de bord et Fernando l'électricien. Les trois hommes ne sont guère difficiles, ayant déjà parcourus les mers du globe à bord de la Boudeuse, ils savent qu'un estomac bien rempli prime sur d'illusoires "j'aime pas ça", récurrents cauchemars du cuisinier moderne.

Cuisinier, je le suis depuis une bonne vingtaine d'années, après un cursus culinaire en Champagne-Ardenne et en Bourgogne, suivi du service national, je partis illico pour l'étranger. Un château au Pays de Galle, le Savoy hôtel à Londres, le Canada, les Antilles, l'Irlande, un voilier sur la mer des Caraïbes, un bateau de croisière sur l'Atlantique Nord, un puits de pétrole dans le Sahara, une mine d'uranium au Kazakhstan ou tout dernièrement, trois ans sur une base de recherche scientifique britannique en Antarctique. De ce continent du pôle Sud, je garderai la mémoire d'une quiétude ininterrompue, de paysages aussi vastes que somptueux, d'un boulot hors du commun, sans normes ni régulations, et d'hommes flegmatiques, rudes et intrépides, bref, so British!



Mais comme toute aventure, elle n'était que le départ de la prochaine. Ainsi, un homme de chez moi, Troyen, monsieur Jehan, passionné de marcophilie navale, parvint à trouver mes coordonnées en Antarctique et me demanda de lui envoyer quelques enveloppes timbrées, si possible, postées à bord du brise-glace de ma compagnie. Je m'exécutai avec joie, faisant dédicacer ces courriers tantôt par le commandant, tantôt le plombier, tantôt le météorologue. Quelques semaines après mon retour en France, le marcophiliste vint me remercier et nous discutâmes nonchalamment de ma prochaine destination. Comme d'accoutumée, de prochaine destination, je n'avais point, seulement une idée, cuisiner à bord d'un bateau d'exploration. Après de nombreuses semaines et de longues heures à surfer sur internet, je n'avais rien trouvé. Mais l'homme en face de moi, nanti d'une vaste connaissance du monde maritime, mentionna d’emblée La Boudeuse, un Trois-mâts Goélette amarré actuellement à Paris, partant bientôt en expédition et qui, lui semblait-il, cherchait un cuisinier!
Me voilà donc de nouveau à l'assaut d'internet, sur le site de la Boudeuse, qui confirme les dires de mon providentiel informateur. J'envoie donc prestement CV et lettre de motivation à l'adresse indiquée. De longues semaines passeront, puis un message: on me demande si je peux me rendre à bord de La Boudeuse pour un entretien!

Nous serons trois personnes en face du capitaine pour ce premier rendez-vous, de divers métiers ou horizons. Il nous demande les circonstances de notre venue à bord et nous explique de quoi il retourne. Il tente manifestement de nous faire peur et y parvient, il nous promet de longues traversées des plus inconfortables, de longues journées de travail physique et des conditions de vie à bord des plus spartiates. Tout cela pour une période de six mois à deux ans, sur les trois plus grands fleuves d'Amérique du sud, les canaux de Patagonie et quatre îles perdues au milieu du Pacifique. Le capitaine Franceschi nous demande ensuite, nantis de ces nouvelles données, de retourner chez nous et de penser posément à tout cela, et si nous sommes toujours intéressés, de lui envoyer une deuxième lettre de motivation.

Perdu au milieu de mes cogitations, je m'aperçus soudainement que cette aventure me faisait peur, je réalisai de plus qu'il y avait bien longtemps que je n'avais pas eu peur. Quelque part, parmi les regrets du passé et les craintes de l'avenir, la réalité fit surface; à chaque fois que j'avais dépassé mes peurs, j'en étais ressorti plus grand, plus confiant, plus serein. C'est à peu de chose près ce que j'écrivis sur mon deuxième courrier, additionné de quelque inutile vantardise. La réponse se fit rapide et positive, j'allais embarquer à bord de La Boudeuse pour une période d'essai de deux mois.
Depuis lors, en plus des quelques tâches quotidiennes décrites plus haut, j'aide des membres de l'association des Amis des Grands Voiliers à faire visiter le bateau, trois fois par semaine. Les visites sont gratuites, mais nous proposons aux visiteurs quelques produits culturels; le livre de Patrice Franceschi, Tome 1 des dernières aventures de "La Boudeuse autour du monde", cartes postales, posters et le DVD de cinq des grandes expéditions de Patrice antérieurs à la Boudeuse. Car l'homme, non satisfait de son statut d'écrivain et de philosophe, bourlingue depuis plus de trente ans. Il a participé à la libération de Kaboul des forces russes, fondé avec Bernard Kouchner l'ONG Solidarité, fait un tour du monde en ULM, sillonné la forêt amazonienne à la recherche de peuplades inconnues, pisté l'énigmatique tigre de Tasmanie, j'en passe, et de nombreuses!

Ce serait pour moi une immense joie de vous conter régulièrement les futures pérégrinations de La Boudeuse, à ma façon, de l'intérieur. Je ne saurai évidemment omettre mes réalisations culinaires, petites aventures dans l'aventure. Je vous conterai également, comment et pourquoi nous partirons avec une lettre de mission de l’état français, signée entre autre par Jean-Louis Borloo. Je vous dirai pour quelles destinations nous hissons les voiles, mais je vous parlerai surtout de ces hommes, si loin de nous et pourtant si semblables, nichés aux coins les plus reculés de notre planète, des hommes qui seront au cœur de ces deux années d’expédition.

En attendant, si l’esprit d’aventure vous habite, si la curiosité vous anime, venez nous rendre une petite visite à bord de La Boudeuse, métro Bercy, les mercredis, samedis et dimanches. Vous pouvez vous inscrire sur www.la-boudeuse.org et choisir l’horaire qui vous convient, vous en sortirez conquis!


Cyril Millet, 18 janvier 2009


 

Webmaster - Version n°03-2010 / Crédits / Plan du site.......................................... ....................................................... .........................................................CONTACTS - Amis des Grands Voiliers © 2010