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...........................................................................................................................................................Le
glacier du fjord Pia
Samedi
19 mars. Les bateaux quittent la Caleta Olfa les uns après
les autres et se retrouvent dans le Canal
de Beagle route à l'Ouest sans vent au début mais un beau
soleil net en valeur l'éclatante blancheur des superbes pics
enneigés qui bordent le canal des deux bords égaillant
le vert sombre des arbres accrochés aux pentes jusqu'à
une limite bien définie. Bientôt sur notre tribord, on
aperçoit ce qui au début paraît être un torrent
tombant de la montagne mais qui en s'approchant se révèle
être un glacier, le glacier italien dont le pied baigne directement
dans le canal. Plus nous allons vers l'Ouest plus les montagnes sont
hautes et enneigées. Nous laissons encore un glacier sur tribord
avant d'arriver à l'entrée d'une profonde vallée
encaissée. Il faudra contourner une chaussée de roches
avant d'y pénétrer et Imram avec voile et moteur
s'engage dans ce fjord magnifique au fond duquel on aperçoit
le glacier bleuté entre les hautes cimes blanches. Le fjord se
divise en deux bras et prenant à droite, Jacques, à la
barre, nous emmène jusqu'au pied du glacier en évitant
les nombreux blocs de glace à la surface de l'eau.
Nous sommes surpris et enchantés par ce décor grandiose.
De temps à autre, nous entendons véritablement des grondements
de tonnerre lorsque des pans se détachent du glacier et tombent
à la mer. Après nous être rempli les yeux nous revenons
sur nos pas pour aller mouiller à l'abri dans la caleta Beaulieu.
En chemin nous tentons de remorquer deux gros glaçons, mais ils
larguent le bout qu'on a bagué autour et Yves ira dans l'annexe
et ramènera plusieurs morceaux à bord. Quelques éclats
serviront à rafraichir le pisco que nous prenons avant le diner.
Comme la veille, nous mouillons une ancre devant et par l'arrière
et mettons deux bouts à terre amarrés aux arbres.

Jacques au
pied du glacier
Dimanche 20 mars. Nous avons quitté
le mouillage vers 11h00 pour aller dans la branche Nord-Ouest du fjord
Pia. Les hauts flancs de la montagne souvent verticaux offrent un beau
spectacle et bientôt nous apercevons d'abord un premier glacier
comme un large torrent bleuté tombant dans la mer calme comme
l'eau d'un lac. Au fur et à mesure de notre progression, les
glaçons flottants, dont certains de belle taille, se font de
plus en plus nombreux et on avance en zigzaguant pour les éviter.
Un deuxième glacier beaucoup plus large apparaît à
gauche du premier dont il est séparé par une énorme
bosse de roche noire elle-même surmontée de hauts pics
enneigés enveloppés de brume à leur sommet. La
glace se faisant plus serrée en arrivant au fond du fjord, Jacques
stoppe le moteur, nous mettons l'annexe à l'eau et Jean-Yvon
et lui iront presque jusqu'au pied du glacier le plus à gauche.
Par moment des éboulis de glace se détachent du front
du glacier. En tombant à la mer ils soulèvent de grandes
gerbes d'eau et peu après on entend comme un sourd grondement
de tonnerre et cela se produira plusieurs fois dans le temps d'environ
une heure. Yves et moi, restés à bord nous attelons à
la préparation du repas à l'intérieur. Un moment
plus tard passant la tête par le capot de la descente, je vois
arriver nos deux compères pagayant avec force dans l'annexe pour
s'ouvrir un chemin dans le champ de glace qui déjà encercle
le bateau. En l'espace d'une demi-heure les débris du glacier
tombés à l'eau sont arrivés jusqu'à nous
et de crainte de rester bloqués nous quittons rapidement les
lieux un peu à regret car c'était un endroit enchanteur.
Nous naviguons tout l'après-midi et jusqu'à 20 heures,
d'abord au moteur puis le vent venant nous continuons à la voile
pour venir mouiller à la caleta Olla où nous étions
l'avant-veille.

Daniel à bord
d'Imram
Lundi
21 mars. Nous quittons le mouillage dans la matinée.
Le vent faible obligera à mettre au moteur. Nous avons fini la
visite des glaciers et il nous faut retourner à Puerto-Williams
pour nous mettre en règle avec les autorités chiliennes
avant de revenir en Argentine à Ushuaïa. Le manque d'entente
entre Argentine et Chili rend réellement désagréable
cet aller-retour entre autorités des deux états aux patrons
des bateaux naviguant dans le Beagle.
Ce jour là nous faisons beaucoup de route car nous pensions au
départ nous arrêter pour la nuit à Navarino, mais
le vent fraichit de l'Ouest, 25 à 30 nuds et Imram marche
fort jusqu'à huit nuds par moments dans une mer qui se
forme si bien que dépassant Navarino et laissant Ushuaïa
sur bâbord, nous allons d'une traite jusqu'à Puerto-Williams.
Ainsi nous avons donc fait une belle étape des cinquante cinq
miles en moins de dix heures, arrivant au Micalvi à 19 heures.
Presqu'aussitôt nous allons diner en ville dans le petit restaurant
" Los Dentes de Puerto-Williams " très couleur locale
avec ses deux gros poêles à bois, ses tables fatiguées,
ses peintures défraichies et sa clientèle locale aussi.
Mardi 22 mars. Nous restons à
Puerto-Williams, Jacques et Jean-Yves lavent le pont, dessalent le bateau
et plient l'annexe. Nous allons faire une promenade à pied dans
le parc ethno-botanique Omora sur le flanc de a montagne qui domine
le port. Un dernier tour dans Puerto-Williams et nous passons un petit
moment au bar du Micalvi où même un petit pavillon,
signé de chacun est épinglé à la paroi en
témoignage de notre passage.
Jeudi 24 mars. Nous appareillons
à huit heures de Puerto-Williams. Le vent dans l'axe du canal
de Beagle, grand frais, secoue Imram. Il varie ensuite en force
et en direction et nous faisons route à la voile et au moteur
pour arriver à Ushuaïa vers seize heures. C'est la fin de
notre périple.
* * *
J'aurai
passé un peu plus de deux semaines à bord d'Imram
avec mes trois compagnons et ce que j'ai raconté me restera un
souvenir inoubliable.
Je n'ai pas vu le Cap Horn du pont et de la mature d'un grand voilier,
mais je l'ai vu et j'ai pu naviguer à travers les îles
qui l'entourent, connaître un peu la région et ceci vaut
largement cela.
Un grand merci à tous ceux, équipage et stagiaires du
Belem qui m'ont permis de réaliser ce rêve.
Jacques est arrivé à l'île Tudy, retour du Cap Horn
le 1er septembre 2005 via le Brésil (Fernando de Noronha) et
les Açores.
Daniel Jehanno