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Le récit de Daniel Jehanno
paru dans le n°55 de Grands Voiliers Infos

 

 

 

 

 

 

Un Bosco du Belem au Cap Horn

Par Daniel Jehanno


Courant septembre 2004, Jacques qui était en congé d'embarquement de deux mois au commerce qu'il venait de faire, se trouvait en Bretagne et était passé me voir à la maison.
Il m'avait dit que son bateau, Imram se trouvait à Puerto Montt au Chili où il l'avait laissé sur la route du retour de Polynésie.

Jacques Gangloff est un ancien du Belem. C'est à bord que nous nous sommes connus et avons navigué ensemble plusieurs années durant.
En 1992, il a définitivement quitté le Belem, pour un long voyage à bord de son bateau - Imram - un solide sloop en acier
de dix mètres construit à Saintes en 1975 sur un plan Knocker (architecte de Joshua).

Parti de l'île Tudy en 1992, après diverses navigations qui l'ont mené à la côte d'Afrique et aux Antilles, il a passé le Canal de Panama, continué jusqu'aux îles Marquises où il a séjourné trois mois et a finalement atterri à Tahiti, puis aux Îles sous le Vent où il est resté dix ans, exerçant divers métiers dont celui de skipper pour le compte de sociétés de location, puis responsable d'un chantier de carénage.
Après ces années passées en Polynésie, il a décidé de rentrer en Bretagne et lorsqu'il est passé à la maison il avait déjà effectué une partie du chemin de retour. Il m'a parlé des canaux de Patagonie qu'il comptait visiter, du canal de Beagle tout au Sud qui permet de passer du Pacifique en Atlantique. A la sortie du Beagle la distance jusqu'au Cap Horn plus au Sud n'est que de cinquante miles environ.

Bien sûr, nous en avons parlé, mais rien ne le poussait à faire un crochet jusque dans cette zone de navigation de réputation plutôt rugueuse.
Je lui ai alors parlé d'un cadeau de départ qui m'avait été fait par l'équipage du Belem et de nombreux stagiaires : un voyage au Cap Horn sur un grand voilier. Mais des grands voiliers, il n'en passe plus chaque jour au Horn comme il y a un siècle, c'est même devenu très rare.
Depuis quelque temps déjà, je guettais une opportunité et ma foi puisque l'occasion se présentait, quand bien même ce ne serait pas sur le pont d'un grand voilier gréé carré, Jacques étant d'accord, nous avons convenu d'une date.

Au mois d'avril 2004, j'avais été appelé par Jean-Yvon Combot qui a été le premier second capitaine du Belem lorsqu'il a repris la mer en 1985. Ensemble nous sommes allés à Stockholm à la demande de Bob Escoffier et avons embarqué sur Marité pour le retour en France, à Rouen, lors du rachat à ses propriétaires suédois. Peu après nous avons à nouveau travaillé ensemble au gréement des voiles carrées du mât de misaine de La Boudeuse de Patrice Franceschi juste avant son départ de Camaret pour un tour du monde. Jean-Yvon s'est montré intéressé par ce passage du Cap Horn, et il connaissait Jacques Gangloff puisque nous étions tous les trois à la même époque à bord du Belem. Alors, suite à l'acceptation de Jacques nous avons convenu de partir tous les deux et c'est ainsi que nous nous sommes retrouvés à Montparnasse le dimanche 6 mars 2005.


A 23h15, nous décollons de Roissy et après une longue nuit (13 heures de vol) nous atterrissons à Buenos-Aires à 8h30, heure locale.

Lundi 7 mars. Nous passerons la journée et les nuits suivantes à Buenos-Aires. Il fait très chaud et le ventilateur au plafond de la chambre de l'hôtel Uruguay où nous passons la nuit n'a rien de superflu. Dans la journée, nous irons à l'agence Aerolinas Argentinas et retiendrons deux places pour Ushuaïa le lendemain.

Mardi 8 mars. L'avion décolle à 6 h. Il faudra 3h30 de vol pour arriver à Ushuaïa. A la hauteur du détroit de Magellan, dans une ouverture entre les nuages, on perçoit très bien l'entrée du détroit sur la côte Atlantique. En arrivant on survole les cimes enneigées des montagnes de Patagonie et le canal du Beagle juste avant d'atterrir. A la descente de l'avion le froid nous saisit cette fois. Un taxi nous conduit au Puerto des yachts, le port de plaisance d'Ushuaïa et nous découvrons Imram au mouillage. Presqu'aussitôt nous rencontrons Jacques, lui aussi arrive de l'aéroport, il y a raccompagné Laurence son amie qui vient de passer une dizaine de jours ici. Un peu plus tard, Yves à bord de l'annexe vient nous prendre et nous embarquer. Yves est à bord avec Jacques depuis environ un mois. Il est français mais vit au Brésil avec son épouse Tania et leur fille. Je les avais connus en 1989 lorsqu'ils étaient venus en France lors de l'Armada de la Liberté à Rouen, ils étaient passés à bord du Belem.


Dans la journée, Imram sera conduit à couple de deux autres bateaux amarrés au ponton. Il y a là plusieurs bateaux de plusieurs nationalités dont des français. L'un d'eux est parti avec un équipage de deux gars et deux filles, cap sur la Géorgie du Sud, puis sur l'Afrique du Sud.
L'après-midi nous irons découvrir la ville et la soirée se finira au restaurant. Première nuit à bord, je dors à l'avant.

Mercredi 9 mars. La matinée se passe à bord à discuter. Vers 13h on va faire les vivres dans un supermarché. On revient en taxi vers 16h et on embarque les achats. Dans la soirée nous allons boire un verre puis dîner en ville.

Jeudi 10 mars. Lever à 8h15. Baromètre à 865. Dernières courses en ville. 14h30, paré à appareiller, un grain, on attend qu'il soit passé pour partir.
Latitude Ushuaïa : 54°48' Sud. Longitude : 64°18' Ouest. Cinq heures de route sous voile au portant dans le canal du Beagle : 30 miles. Nous arrivons à Puerto-Williams à 20h. Nous nous mettons à couple de deux autres bateaux amarrés au Micalvi, un ancien navire de la Marine Chilienne posé au fond et qui abrite un bar où nous irons prendre un verre Jacques, Jean-Yvon et moi après avoir diné sur Imram.

Vendredi 11 mars. Lever vers 8h30. Dans une salle de bain un peu sommaire et très fraîche à bord du Micalvi nous prendrons une douche appréciée et l'eau douce à un robinet sur le pont nous permet de faire une petite lessive.
Un peu plus tard nous allons à terre et visitons la petite bourgade de Puerto-Williams aux rues de terre bordées de maisons aux façades souvent bardées de tôle ondulée avec à proximité, un gros tas de bois de chauffage.
Puerto-Williams est située sur la grande île Navarino qui forme la côte Sud du Canal de Beagle côté Atlantique. Cette île est en territoire chilien et les autorités maritimes de Puerto-Williams nous donnent l'autorisation de navigation vers le Cap Horn.

On appareille à 13h30, cap à l'Est vers la sortie du canal. Le paysage est superbe, des montagnes aux cîmes enneigées dominent le Canal du Beagle sur les deux rives. A la sortie nous laissons l'île Picton sur bâbord longeant toujours Navarino à notre tribord. Le vent varie sans cesse. Des grains à l'arrivée à Puerto Toro situé sur la côte Est de Navarino. On passe la nuit à couple du Croix Saint Paul, un grand sloop noir qui navigue en charter dans le secteur. Il est de retour du Horn avec un groupe de passagers français. Ils ont des crabes qu'on appelle " centoffions " que leur ont donné des pêcheurs locaux, et ils nous en cèderont une dizaine qu'on fera cuire aussitôt et que nous dégusterons le soir après le champagne que Jean-Yvon nous offrira. C'est son anniversaire !


Samedi 12 mars. Branle-bas à 5h30. On appareille à 6 heures en même temps que le Croix Saint Paul. C'est parti vers le Sud par la passe Gorée entre l'île Navarino et l'île Lennox dans l'Est. Au loin on aperçoit déjà le groupe des îles Wolfaston, situé dans le Nord des îles du Cap Horn : on avance au moteur jusqu'au Sud de Navarino, le vent d'Ouest se lève et nous mettons à la voile. Petit à petit les montagnes de Wollaston se font plus nettes et en fin d'après-midi, tirant des bords dans le canal Washington nous entrons dans les îles Hermite et nous venons mouiller dans la cafeta Maxwell, un joli petit abri à treize miles du Cap Horn. L'endroit est magnifique entouré d'îles aux reliefs élevés, escarpés et verdoyants, déserts aussi, nous sommes seuls, presqu'au bout du monde. Le groupe des îles Hermite situé dans le Sud des îles Wollaston se compose outre l'île Hermite, de l'île Herschel, de l'île Deccit, de la petite île Hall et l'île Horn, la plus au Sud.

Dimanche 13 mars. Après une nuit calme au mouillage à la Caleta Maxwell, nous nous préparons à partir. On appareille à 9 heures. Cette fois, c'est parti pour le Horn. Il pleut, les nuages bas s'accrochent aux cimes des Wollaston. A l'ouvert de l'île Hermite le vent de suroît nous cueille et bientôt dans une petite boucaille on aperçoit l'île Horn. On passe dans l'Ouest de l'île Hall aux hautes falaises verticales et peu après on longe l'île Horn du Nord au Sud. Moment d'émotion. Cinq miles de long un peu plus que l'île de Groix. La brise fraichit et ça commence à moutonner sérieusement dans le grain qui passe ; on a pris le 2ème ris dans la suédoise. En approchant du Cap les contours se font plus précis et on est là les yeux écarquillés. On pare les deux cailloux isolés qui débordent dans le Sud Ouest et on laisse porter pour passer dans le Sud. A 11h30, nous avons le Cap Horn par le travers bâbord ; Au GPS : Latitude 55°59'6 Sud Longitude : 67°16'2 Ouest.

C'est une sorte de grande pyramide grise et verte dominant la mer de plus de quatre cents mètres, dont les pentes sont striées d'arêtes irrégulières formant des ravines pleines d'éboulis de roches à leur base.
C'est quand même impressionnant, on en parlait depuis si longtemps. Et Jacques nous fait passer à deux ou trois encablures du pied si bien qu'on le voit parfaitement dans le détail. Le vent est d'Ouest forcit, 6, 7 au largue, grand largue. Et puis on jette un coup d'œil vers le large où tant de grands voiliers ont durement bataillé autrefois. Les albatros aux longues ailes à plumage gris sombre planent autour de nous pendant de longs moments sans un battement d'ailes se laissant porter par le vent.

A midi nous sommes dans l'Est du Cap, contournant la pointe Sud Est et le semis de rochers qui débordent. Longeant la côte nous voyons parfaitement le grand albatros stylisé en jour découpé sur un fond plein planté en haut de la falaise offert par l'Amicale des Cap-horniers hommage à tous les marins disparus dans ces eaux au cours des siècles.
Bientôt nous lofons pour prendre la passe Al Mar del Sur entre les îles Deceit et Herschel puis nous faisons route au plus près avec un vent de force 7 et mer plate sous le vent de l'île Herschel pour gagner la Caleta Martial où nous nous amarrons à un petit coffre de la marine chilienne à 13h20.
Cette matinée a été un grand moment pour nous. En passant sans le Sud du cap nous avons trinqué d'un boujaron de rhum à chacun. Jacques allume le petit poêle de chauffage et après avoir enlevé bottes et casaque nous apprécions la douce chaleur du carré, il ne fait pas chaud sur le pont. Jean-Yvon débouche sa deuxième bouteille de champagne pour l'apéritif, et nous déjeunons au calme en prenant notre temps, la discussion tournant inévitablement sur notre aventure de ce matin.

Vers 18 heures, Jacques, Jean-Yvon et moi allons à terre sur l'île Herschel avec l'annexe que nous échouons sur la jolie plage de la Caleta Martial. Nous sommes surpris par l'extrême finesse du sable. De hautes collines entourent la plage et une végétation très dense y abonde. De nombreux petits ruisseaux coulent directement sur le sable et la mousse très épaisse sous le couvert s'égoutte tout au long du rivage.


Il est difficile de pénétrer dans le taillis tellement c'est dense, on a peine à croire que nous sommes au milieux des îles du Cap Horn ; des arbustes tordus aux branches grises et au feuillage assez semblable à celui du buis étalent leurs rameaux de façon curieusement aplatie et couvrent en partie la végétation. Des ruisseaux et de petites mares sont cachés dans le feuillage de plantes grasses et il faut prendre garde à ne pas y tomber.
Sur la gauche de la plage, une haute colline verdoyante semble couverte d'herbe rase et nous décidons d'aller jusqu'à son sommet. Peut-être de là-haut verrons nous l'île Horn et le haut du cap par le Nord. Très vite il s'avère que cette herbe que l'on croyait rase est en fait une mousse épaisse mêlée de joncs et autres plantes, à chaque pas on s'y enfonce ce qui rend la marche longue et fatigante. Au bout d'un quart d'heure nous renonçons car, nous ne pourrions pas faire le parcours avant la tombée de la nuit et nous rentrons à bord. Un pétrel gris gros comme une poule se maintient posé sur l'eau à quelques mètres de notre arrière. Il restera là plusieurs heures, nous lui jetons des morceaux de pain, il se rapproche et vole à notre hauteur. Je lève la main comme pour tendre quelque chose à manger et il viendra me pincer fortement l'index avec le bec.

Lundi 14 mars. 10 heures. Nous larguons les deux bouts qui retiennent Imram au coffre et partons à la voile de la jolie petite baie de Martial où nous avons passé la nuit à sept miles du Cap Horn avec des vents de la partie Sud-Est. Dans le canal Bravo entre la grande île Wollaston et l'île Freycinet plus à l'Est, des brises variables dues aux reliefs de Freycinet obligent Imram à zigzaguer entre les rives. A la sortie du canal Bravo, la brise d'Est nous prend et tribord amure nous faisons une route au Nord avec sur bâbord les monts escarpés et verdoyants de la grande île Wollaston.
Toutes ces îles aussi bien de l'archipel des Hermites au Sud que de l'archipel des Wollaston au Nord ont des reliefs souvent élevés (425 mètres pour l'île Horn, 647 mètres pour l'île Wollaston) Nous traversons toute la grande baie de Nassau bordée loin dans l'Ouest par les hautes montagnes blanches de la péninsule Hardy, par vent d'Est (force 4) très froid mais avec le soleil. Puis nous prenons la passe Gorée entre l'île Navarino et l'île Lennox à l'Est pour arriver à Puerto Toro à 21 heures là où nous étions arrêtés en venant, cette fois nous allons au mouillage, tout près d'un voilier hollandais. Des bateaux de pêcheurs sont amarrés au wharf au dessous du petit village qui est le plus au Sud de l'Amérique et dons la seule ressource est la pêche aux centollias. Ce soir encore le poêle est allumé et la chaleur vite dégagée nous ravigote, il n'a pas fait chaud du tout, toute cette journée.



Mardi 15 mars.
Lever vers 8h30. A 10 heures la ligne de mouillage est rentrée et nous appareillons au moteur le vent étant de la partie Nord. Nous voyons aussitôt deux bateaux de pêche au mouillage et à couple dont les hommes trient la pêche. Ils jettent tous les centollias (petits crabes) ne gardant que les centollions aux longues pattes épineuses. Nous venons près d'eux et pour quelques paquets de cigarettes nous avons un plein seau de centollias. Peu après dans la passe Picton entre la côte de l'île Navarino et l'île Picton nous mettons à la voile. Le vent est contraire et nous tirons des bords, la matinée et une bonne partie de l'après midi ainsi, mais la brise tombe et nous devons mettre en route le moteur pour être à Puerto-Williams avant la nuit. Nous voici à nouveau dans le canal du Beagle bordé de hauts montagnes enneigées d'une blancheur éclatante sous le soleil (Baro : 1002) Nous arrivons à Puerto Williams à 19h15 et venons à couple d'un catamaran lui-même à couple du Micalvi.

Mercredi 16 mars.
Nous passons la journée à Puerto Williams. Nous achetons quelques vivres dans la petite supérette d'un autre temps, puis nous allons poster les cartes que nous avons écrites dans la matinée. Nous devrions diner en ville mais un barbecue est organisé à bord du Micalvi et à l'invitation de Manu le patron de Croix Saint Paul, nous nous y rendons emportant steaks et saucisses et vin, mais il n'y a sur place que le matelot du Croix Saint-Paul en train de faire griller des morceaux de poulet encore à demi congelés. Il n'y aura personne d'autre les passagers Saint-Pauliens préférant diner à bord plutôt que de rester exposés au froid vif sur le pont du Micalvi. Plus tard, dans la soirée, une bonne partie des équipages de plusieurs bateaux se retrouvera au bar du Micalvi dans une ambiance chaude et animée le pisco aidant.

Jeudi 17 mars. Nous appareillons vers 10 heures en direction de Navarino. Au début nous avons un peu de vent, mis il faut louvoyer et le vent mollissant finit par tomber. Il faut mettre au moteur. En passant près du phare des éclaireurs, nous revoyons de nombreux phoques nonchalamment allongés sur les rochers qui environnent le phare, et qui voisinent avec une importante colonie de cormorans noirs au ventre blanc. Nous arrivons à Navarino un peu avant la nuit et nous nous amarrons au coffre disponible puisqu'il n'y a que nous en cet endroit où seules quatre maisons se nichent dans un creux de la montagne.

Vendredi 18 mars.
Nous larguons le coffre à 10 heures et appareillons à la voile tirant quelques bordées à l'entrée du canal Murray qui marque la fin de l'île Navarino à l'Ouest ; Le vent mollit, on largue le ris qu'on avait pris avant dans la suédoise et on remplace le foc par le génois, mais le vent tombe et Jacques doit se résoudre à mettre le moteur en route. Plus tard le vent revient mais varie sans cesse. En fin d'après-midi nous viendrons mouiller à la caleta Olfa sur la rive Nord du Beagle en territoire chilien, d'où l'on aperçoit le glacier français. Nous mouillons une ancre et portons deux bouts à terre par l'arrière et les amarrons à des arbres sur la rive. Il y a là quatre bateaux au mouillage, un français, un hollandais, un suisse et un belge. Le français Walhalla a dix personnes à bord. Nous avons prévu un barbecue sur la jolie petite plage comptant sur la venue des équipages des autres bateaux. Jean-Yvon et Yves ramassent du bois mort qui ne manque pas dans le bosquet bordant la plage avec lequel j'allume un grand feu au milieu d'un cercle de pierres prévu à cet effet. Mais presqu'aussitôt une forte pluie viendra éteindre le beau feu et ainsi réduire à néant notre projet de barbecue nous obligeant à dîner à bord.

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...........................................................................................................................................................Le glacier du fjord Pia

Samedi 19 mars. Les bateaux quittent la Caleta Olfa les uns après les autres et se retrouvent dans le Canal de Beagle route à l'Ouest sans vent au début mais un beau soleil net en valeur l'éclatante blancheur des superbes pics enneigés qui bordent le canal des deux bords égaillant le vert sombre des arbres accrochés aux pentes jusqu'à une limite bien définie. Bientôt sur notre tribord, on aperçoit ce qui au début paraît être un torrent tombant de la montagne mais qui en s'approchant se révèle être un glacier, le glacier italien dont le pied baigne directement dans le canal. Plus nous allons vers l'Ouest plus les montagnes sont hautes et enneigées. Nous laissons encore un glacier sur tribord avant d'arriver à l'entrée d'une profonde vallée encaissée. Il faudra contourner une chaussée de roches avant d'y pénétrer et Imram avec voile et moteur s'engage dans ce fjord magnifique au fond duquel on aperçoit le glacier bleuté entre les hautes cimes blanches. Le fjord se divise en deux bras et prenant à droite, Jacques, à la barre, nous emmène jusqu'au pied du glacier en évitant les nombreux blocs de glace à la surface de l'eau.
Nous sommes surpris et enchantés par ce décor grandiose. De temps à autre, nous entendons véritablement des grondements de tonnerre lorsque des pans se détachent du glacier et tombent à la mer. Après nous être rempli les yeux nous revenons sur nos pas pour aller mouiller à l'abri dans la caleta Beaulieu. En chemin nous tentons de remorquer deux gros glaçons, mais ils larguent le bout qu'on a bagué autour et Yves ira dans l'annexe et ramènera plusieurs morceaux à bord. Quelques éclats serviront à rafraichir le pisco que nous prenons avant le diner. Comme la veille, nous mouillons une ancre devant et par l'arrière et mettons deux bouts à terre amarrés aux arbres.


Jacques au pied du glacier

Dimanche 20 mars. Nous avons quitté le mouillage vers 11h00 pour aller dans la branche Nord-Ouest du fjord Pia. Les hauts flancs de la montagne souvent verticaux offrent un beau spectacle et bientôt nous apercevons d'abord un premier glacier comme un large torrent bleuté tombant dans la mer calme comme l'eau d'un lac. Au fur et à mesure de notre progression, les glaçons flottants, dont certains de belle taille, se font de plus en plus nombreux et on avance en zigzaguant pour les éviter. Un deuxième glacier beaucoup plus large apparaît à gauche du premier dont il est séparé par une énorme bosse de roche noire elle-même surmontée de hauts pics enneigés enveloppés de brume à leur sommet. La glace se faisant plus serrée en arrivant au fond du fjord, Jacques stoppe le moteur, nous mettons l'annexe à l'eau et Jean-Yvon et lui iront presque jusqu'au pied du glacier le plus à gauche.
Par moment des éboulis de glace se détachent du front du glacier. En tombant à la mer ils soulèvent de grandes gerbes d'eau et peu après on entend comme un sourd grondement de tonnerre et cela se produira plusieurs fois dans le temps d'environ une heure. Yves et moi, restés à bord nous attelons à la préparation du repas à l'intérieur. Un moment plus tard passant la tête par le capot de la descente, je vois arriver nos deux compères pagayant avec force dans l'annexe pour s'ouvrir un chemin dans le champ de glace qui déjà encercle le bateau. En l'espace d'une demi-heure les débris du glacier tombés à l'eau sont arrivés jusqu'à nous et de crainte de rester bloqués nous quittons rapidement les lieux un peu à regret car c'était un endroit enchanteur. Nous naviguons tout l'après-midi et jusqu'à 20 heures, d'abord au moteur puis le vent venant nous continuons à la voile pour venir mouiller à la caleta Olla où nous étions l'avant-veille.


Daniel à bord d'Imram

Lundi 21 mars. Nous quittons le mouillage dans la matinée. Le vent faible obligera à mettre au moteur. Nous avons fini la visite des glaciers et il nous faut retourner à Puerto-Williams pour nous mettre en règle avec les autorités chiliennes avant de revenir en Argentine à Ushuaïa. Le manque d'entente entre Argentine et Chili rend réellement désagréable cet aller-retour entre autorités des deux états aux patrons des bateaux naviguant dans le Beagle.
Ce jour là nous faisons beaucoup de route car nous pensions au départ nous arrêter pour la nuit à Navarino, mais le vent fraichit de l'Ouest, 25 à 30 nœuds et Imram marche fort jusqu'à huit nœuds par moments dans une mer qui se forme si bien que dépassant Navarino et laissant Ushuaïa sur bâbord, nous allons d'une traite jusqu'à Puerto-Williams. Ainsi nous avons donc fait une belle étape des cinquante cinq miles en moins de dix heures, arrivant au Micalvi à 19 heures. Presqu'aussitôt nous allons diner en ville dans le petit restaurant " Los Dentes de Puerto-Williams " très couleur locale avec ses deux gros poêles à bois, ses tables fatiguées, ses peintures défraichies et sa clientèle locale aussi.

Mardi 22 mars. Nous restons à Puerto-Williams, Jacques et Jean-Yves lavent le pont, dessalent le bateau et plient l'annexe. Nous allons faire une promenade à pied dans le parc ethno-botanique Omora sur le flanc de a montagne qui domine le port. Un dernier tour dans Puerto-Williams et nous passons un petit moment au bar du Micalvi où même un petit pavillon, signé de chacun est épinglé à la paroi en témoignage de notre passage.

Jeudi 24 mars. Nous appareillons à huit heures de Puerto-Williams. Le vent dans l'axe du canal de Beagle, grand frais, secoue Imram. Il varie ensuite en force et en direction et nous faisons route à la voile et au moteur pour arriver à Ushuaïa vers seize heures. C'est la fin de notre périple.


* * *

J'aurai passé un peu plus de deux semaines à bord d'Imram avec mes trois compagnons et ce que j'ai raconté me restera un souvenir inoubliable.
Je n'ai pas vu le Cap Horn du pont et de la mature d'un grand voilier, mais je l'ai vu et j'ai pu naviguer à travers les îles qui l'entourent, connaître un peu la région et ceci vaut largement cela.
Un grand merci à tous ceux, équipage et stagiaires du Belem qui m'ont permis de réaliser ce rêve.
Jacques est arrivé à l'île Tudy, retour du Cap Horn le 1er septembre 2005 via le Brésil (Fernando de Noronha) et les Açores.

Daniel Jehanno


Un grand merci à Daniel et Jacques pour l'ensemble des photos présentées

Voir les remerciements de Daniel Jehanno

...Amis des Grands Voiliers © 2008
capacité cubique d'un navire ou de l'un de ses compartiments exprimée en tonneaux. Le tonneau est égal à cent pieds cubes anglais ou à 2.83 mètres cubes (c'est le tonneau de jauge); Le tonnage exprime toujours un volume pont léger au dessus du pont principal Plate-forme de forme rectangulaire, arrondie sur l'avant, placée à la jonction de deux mâts superposés et fixée sur les élongis et les barres traversières. Les élongis délimitent de chaque côté un trous appelé, trou du chat ou chatière, pour le passage des haubans. absence de vent soute réservée au stockage des vivres et de l'approvisionnement du bord