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La Traversée Atlantique du Belem

Gaspé - Saint Pierre & Miquelon - Les Açores - Lisbonne (28 juillet -19 août 2008)

Récit & photos de Myriam VILLERT


Le Belem s'est rendu à Québec cet été 2008 pour participer à la commémoration du 400ème anniversaire de la fondation de la ville. Un voyage de 100 jours en comptant la traversée aller-retour de l'Atlantique.
48 heureux stagiaires embarquent à Gaspé pour faire la traversée retour.


Lundi 28 juillet - 04 h 25 du matin - le jour est déjà levé. Après 12 heures de route depuis Montréal, le car nous débarque à Gaspé. Le majestueux voilier se mérite !
Le Belem encore tout assoupi dans la torpeur matinale des quais, nous accueille à son bord…
Gaspé, c'est un peu le bout du monde. Au-delà des quais c'est l'immensité liquide, mystérieuse et attirante de l'Atlantique.

Du Canada, nous n'en verrons pas plus, hormis celles et ceux qui ont pris le temps de s'aventurer dans les petites rues aux maisons colorées du centre ville. En milieu d'après-midi, au moment d'appareiller, la pluie s'invite sur le pont.

Le cap est mis sur l'archipel de Saint Pierre & Miquelon où le Belem est attendu dans trois jours.
Pour nous permettre de récupérer de notre journée de voyage et du décalage horaire, le premier quart de nuit est déclaré facultatif. La navigation se fait sous voiles en journée et au moteur la nuit, faute de vents portants.


La météo nous surprend. Alors que nous nous attendions à croiser dans les fameux bancs de brume de Terre Neuve, c'est un radieux soleil qui inonde le pont et une température des plus douces…, et les stagiaires de s'esclaffer : Où sont les palmiers ?

Les journées se passent à scruter la mer à l'affût du moindre souffle d'une baleine (nous en verrons plusieurs) et à admirer le ballet
incessant des agiles Puffins des Anglais et des Fous de Bassan autour du bateau. Une sortie en zodiac s'improvise afin d'admirer notre hôte tout de voiles vêtu.

Jeudi 31 juillet, le quart de 04/08 est emmitouflé dans un épais brouillard. La corne de brume donne de la voix à intervalles réguliers. Une trouée soudaine sur l'horizon laisse apparaître les côtes de Saint Pierre & Miquelon (Latitude 46°77' N - Longitude 56°17' W) balayées par de généreux rayons de soleil. Ces terres inconnues nous appellent.

Le Belem accoste peu avant midi. L'hospitalité des Saint Pierrais ne tarde pas à se vérifier. L'Office du Tourisme, aidé de la Fondation Belem, nous a concocté un programme complet à la découverte de l'archipel et de sa faune aquatique.

C'est un après-midi Whales-watching en zodiac qui nous attend. Pendant trois heures, nous assistons à un spectacle digne des plus beaux reportages du National Geographic.
Des rencontres inédites à couper le souffle ! Nous tutoyons les époustouflants rorquals à bosses à quelques encablures à peine de nos embarcations. Nous sommes spectateurs aux premières loges des scènes de vie de la faune locale : des adorables macareux moines se dodelinent sur l'eau, des phoques facétieux font de truculentes glissades sur les rochers de Langlade. Nous allons même jusqu'à faire la course avec une escadrille en ligne de petits pingouins. Un œil sur le compteur indique 26 nœuds ! Emerveillement et émotions sont à leur comble.
Le soir, au menu, homard pour tout le monde : une belle pièce entière par personne ! Les papilles apprécient ce met délicat offert par la Fondation Belem. Après pareille journée : le paradis est à Saint Pierre & Miquelon et nulle part ailleurs, c'est dit !




Une plongée dans l’histoire de l’île nous attend le lendemain depuis l’Ile aux Marins, véritable musée à ciel ouvert. Restaurant offert par l’Office du Tourisme suivie d’un tour de l’Ile de Saint Pierre en car arpenter les 25 kms de route pour contempler la géographie des côtes et le charme envoûtant des habitations aux couleurs acidulées.

Samedi 2 août, nous quittons à regret cette terre si accueillante dont le charme a opéré sur tous. Les Saint Pierrais sont venus en masse nous saluer sur les quais et pour les plus audacieux nous accompagner sur plusieurs milles en mer. Nous sommes tous à la manœuvre sur le pont pour établir la toile en guise de dernier salut.

Le Cap est mis sur les Açores, route au 120° (Sud-Est). 1 500 milles à parcourir, soit environ une dizaine de jours de navigation pour rallier cette poignée de cailloux émeraudes jetés sur l’Atlantique.
Le Belem s’éloigne, glisse, la terre civilisée n’existe plus, nous ne sommes plus pressés de la rejoindre.
Les jours se succèdent maintenant au gré des mouvements du navire, avec les visites impromptues des dauphins joueurs, entrecoupés de manœuvres, de briefings et d’instructions nautiques délivrés par le Commandant et l’équipage…


Mardi 5 août, notre Commandant : Jean-Alain Morzadec souffle ses 40 bougies. Les matelots improvisent un relooking complet du petit roof à grand renfort de choucanes et de papier alu pour marquer le coup. Un punch est servi en fin de journée à la santé du Commandant et de notre traversée.Mercredi 6 août , Eole décide enfin de se préoccuper un peu de notre sort. Il était temps ! 25 nœuds de vent, tout dessus, le Belem file à 8 bons nœuds, accusant une gîte de 6 à 7° sur bâbord.

Nous observons un changement radical des conditions météorologiques en laissant le courant froid du Labrador derrière nous pour entrer dans le courant chaud du Gulf Stream. Conséquence immédiate : nous gréons les bermudas et les t-shirts en lieu et place des jeans - polaires. La mer se fait aussi plus bleue. Des rafales d’exocets (poissons volants) s’observent autour du navire sous l’oeil nonchalant de quelques tortues marines.

Ce vendredi 08 août est à marquer d’une pierre blanche dans l’histoire du Belem.
Le grand trois mâts français retrouve 95 ans après, les atouts d’une bonnette. Confectionnée depuis quelques jours sur le spardeck, grâce aux troncs d’arbre récupérés sur le rivage de Gaspé, cette 23ème voile initiée par Charly - gabier matelot - est hissée depuis la vergue tribord de Misaine puis déployée jusqu’au Petit Hunier Volant. Les rotations du zodiac se font alors pressantes pour admirer ce nouvel agréement de la garde robe du navire. La houle aidant, les plus chanceux peuvent tenter de faire des photos-Plisson (le Belem partiellement caché par une vague) avant de remonter de façon peu académique par l’échelle de coupée… Malheureusement cette petite distraction sportive au raz de l’eau est rapidement interrompue, jugée trop risquée.

Samedi 09 août, les premières îles occidentales de l’archipel des Açores fleurissent sur l’horizon coiffées de nuages lenticulaires. Le paysage est conforme aux plus beaux rêves d’îles de rêve. Nous laissons Corvo sur bâbord et Flores sur tribord.
Après de vaines tentatives de pêche depuis plusieurs jours, Jérémy est fier de brandir au bout de sa ligne une dorade coryphène de belle dimension.

Dimanche 10 août, la majesté sereine du Mont Pico, jeune stratovolcan culminant à 2351 mètres assure le spectacle. Le gaillard se transforme en terrasse touristique où stagiaires et équipage, agglutinés sur le pont et armés de leurs appareils photos, attendent fébrilement le moment décisif où le nuage de ouate libérera le sommet de la montagne.
Ce même soir, l’astre solaire nous gratifie de son plus beau coucher flamboyant depuis notre départ des côtes gaspésiennes.

La notion du temps est devenue totalement abstraite…Nous grapillons au fur et à mesure une heure par-ci par-là de décalage horaire. Les jours sont définitivement rythmés par la vie du bord, l’enchaînement des quarts et le bercement soutenu du à un roulis omniprésent. Il faut parfois prendre un cap alimentaire pour assurer les services de table.

Lundi 11 août au matin, l’île de Sao Miguel est en vue. Nous accostons en début d’après-midi dans le port de Ponta Degada (Latitude 37° 46,83' N - Longitude 25° 52,19' W). Nouvelle marina fraichement inaugurée, la ville sous ses allures de cité balnéaire cosmopolite et moderne recèle encore de magnifiques trésors d’architecture.

Nous partons le lendemain à la découverte de l’île en voiture pour certains, en car avec guide pour d’autres. Le ciel est malheureusement capricieux. Un brouillard dense à l’hydrométrie élevée alterne avec de franches éclaircies dans les vallées et sur le littoral… Point de photos dignes des plus belles cartes postales, mais une visite plus intimiste de l’île et de ses beautés cachées. La végétation est impressionnante. Partout c’est une explosion de couleurs. Les envahissants mais néanmoins superbes hortensias bleus se mêlent sans relâche au jaune doré du gingembre sauvage. L’occasion aussi de goûter au plaisir de la table açorienne : la fameuse bacalhau (morue) cuisinée sous toutes ses formes et le succulent polvo (poulpe) attendri à point dans votre assiette.

Mercredi 13 août matin, nous appareillons sous un radieux soleil en direction du Portugal sur l’autre rive de l’Atlantique … Près de trois mois d’exile déjà pour le Belem, parti de Bordeaux le 18 mai… Le retour annoncé sur le vieux continent se fait maintenant proche. Cap à l’Est sous les assauts d’une houle de Nord-Est… roulis prononcé … services de table sportifs en compétition avec les Jeux Olympiques de Pékin qui doivent s’inaugurés à l’autre bout de la planète. Heureusement à ce stade du voyage les organismes sont amarinés…


Une manœuvre malencontreuse et c’est la catastrophe : une drisse non choquée et l’espar de Bonnette se brise net… La déception est grande et plus encore pour Charly.
Depuis quelques jours déjà, le grand roof est devenu un atelier de confection de couture. Le nombre de voiles passant dans les mains habiles et expertes des gabiers, ne se compte plus. Une aubaine aussi pour l’heure à dispo du 00/04. Bien lové au creux du Petit Hunier Fixe, le repos du matelot-stagiaire est des plus récupérateurs.

Sur une idée du Commandant et des Officiers, nous voici promus « chef de bordée » à tour de rôle pour la fin de la traversée, épaulés bien entendu par les matelots. A chaque quart de jour comme de nuit, trois chefs de bordées sont désignés pour conduire les manœuvres et se voient attribuer la responsabilité soit du mât de Misaine, soit du Grand mât ou soit du mât d’Artimon. Pour parfaire nos connaissances, une petite interrogation écrite sous l’égide de Mickael et de Gaël, désignés matelots-examinateurs, s’organise sur le doux bois du spardeck. La dizaine de questions reste très abordable pour la majeure partie des stagiaires multi-récidivistes. Les réponses délivrées par les nouveaux sont parfois plus saugrenues… Le tout se fait dans un esprit bon enfant, soleil et crème solaire aidant.

La navigation du Belem suit son cours … depuis l’heure de propreté matinale (lessivage du pont ou fourbissage des cuivres) jusqu’à l’appel de la bannette, en passant par les quarts et les manoeuvres… les activités s’enchaînement suivant les conditions météorologiques du jour : exercice de recherche de clandestins à bord – ascension dans la mâture et sur le beaupré – matelotage – cours sur le balisage – initiation au sextant – etc…L’ennui ne s’invite jamais à bord pour ceux qui savent savourer ce privilège de la liberté en mer.

Samedi 16 août, après une nuit passée à10 nœuds au moteur, le Commandant nous octroie la possibilité de réduire l’allure en peaufinant la technique du virement de bord Lof pour Lof pendant l’après-midi… En récompense de nos efforts, le zodiac est mis à l’eau pour une petite virée photographique autour du navire. L’occasion d’observer une étrange variété de méduse translucide se laissant porter à la surface de l’eau gonflant une membrane comme un petit spi. Belle houle aussi, qui occasionne de belles éclaboussures et des stagiaires plus tout à fait étanches à leur retour à bord.







Crédits photos (c) Myriam Villert

Dimanche17 août, journée dominicale, qu’on se le dise va rester inscrite dans les annales du Belem. Le premier Grand Prix de l'Atlantique du Tir au Bout voit le jour. Initié en secret par l’équipage … la rumeur courrait à peine jusqu’à l’installation d’une fausse drisse et de deux grosses poulies, l’une sur bâbord, l’autre à tribord.

Le programme des rencontres est placardé sur les vitres de la cuisine – QG idéal pour soutenir les équipes qui doivent s’affronter, chacune disposée dans les coursives avant. Le tournoi commence à 16 h 00. Les filles s’affrontent entre elles et les garçons par équipes, équipage contre stagiaires. Deux heures d’épreuves intenses, d’efforts et de sueur, d’encouragements, de cris de joie, de fair-play… au plus grand plaisir de tous ! Le Tir au Bout est plébiscité par tous et devient l’unique sujet de conversation du jus de fruits vitaminés offert après l’effort sur un spardeck baigné de soleil (sous entendre le punch !).
Depuis les Açores, il faut bien dire que les quarts de nuits sont des plus appréciables. D’une part parce que la veste de quart reste accrochée aux patères. D’autres part parce que spectacle au-dessus de nos têtes est féerique à cette période de l’année. Des nuits claires parsemées de myriades d’étoiles nous accompagnent pendant nos quarts nocturnes. Le fleuve lumineux de la Voie Lactée fait concurrence à la brillante Jupiter et aux constellations de Cassiopée, de la Petite et de la Grande Ourse facilement reconnaissables. Mais les vedettes incontestées restent les nombreuses pluies d’étoiles filantes des Perséides. Dans le silence et l’obscurité, il y a quelques chose d’apaisant et de magique à contempler le reste de l’univers.

Ce soir de Pleine Lune, notre satellite préféré se cache dans le cône d’ombre de la Terre nous offrant une fabuleuse éclipse partielle. La Lune semble faire un clin d’œil malicieux au Belem. Ces deux –là sont complices, c’est sur !

Lundi 18 août, … les contours du continent européen se rapprochent et annoncent malheureusement la fin du grand voyage. Ce matin, les visages se font grimaçants : les JO Transatlantiques de la veille ont laissé quelques douleurs et courbatures dans les membres. L’ardeur sur mes manœuvres est beaucoup moins frénétique.

Un mouillage au large de Peniche (petit port de pêche devenu villégiature balnéaire au Nord de Lisbonne) est au programme de l’après-midi. Une descente à terre sous un soleil de plomb ponctue notre journée.
Le retour à bord peu avant minuit se révèle des plus périlleux à cause d’ une forte houle de Nord-Ouest accusant des creux de trois à quatre mètres.
Dans la foulée, le Belem appareille au moteur avec deux étages de voiles d’étai établis. Le sommeil est difficile à trouver à cause du fort roulis. Mardi 19 août, nous voilà au terme de notre traversée Atlantique… dans quelques heures nous allons accoster quai Alcantara à Lisbonne, après avoir remonté le Tage et admirer toute l’architecture manuélienne de la magnifique Torre de Belem, en passant par le Monument des Découvertes et le Monastère de Jeronimos. La nostagie et la tristesse de quitter bientôt le bord supplante un peu la contemplation. L’heure est aux échanges de coordonnées, à la promesse de se revoir, au rêve formulé de nouvelles destinations à bord du Belem.
Fin de journée et soirée à flâner dans les rues de la capitale portugaise.

Exercice au combien difficile que de résumer 24 jours de traversée Atlantique ponctuée d’ escales mythiques … sans faire honneur à la passion et au professionnalisme de l’équipage, à tout le travail fait en amont par la Fondation Belem pour porter au jour un tel projet.Nous sommes unanimement conscients d’avoir été des privilégiés en étant acteurs de cette nouvelle page d’histoire écrite par le Belem.
A plus de 112 ans, notre fleuron de la marine à voile est encore bien fringant et que peut-on lui souhaiter de plus que de nombreuses et belles navigations pour nous faire rêver et rêver encore.
Merci à la Fondation Belem, à l’ensemble de l’Equipage, aux chaleureux Saint Pierrais et… bien sur au Belem…

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...Amis des Grands Voiliers © 2009
capacité cubique d'un navire ou de l'un de ses compartiments exprimée en tonneaux. Le tonneau est égal à cent pieds cubes anglais ou à 2.83 mètres cubes (c'est le tonneau de jauge); Le tonnage exprime toujours un volume pont léger au dessus du pont principal Plate-forme de forme rectangulaire, arrondie sur l'avant, placée à la jonction de deux mâts superposés et fixée sur les élongis et les barres traversières. Les élongis délimitent de chaque côté un trous appelé, trou du chat ou chatière, pour le passage des haubans. absence de vent soute réservée au stockage des vivres et de l'approvisionnement du bord