En 1930, l'Ecole Navale se sépare de son dernier voilier-école,
Le Borda. On considère alors que la formation des élèves
officiers doit être faite sur des navires à moteur.
Certains le regrettent et pensent que la navigation à
la voile est la meilleure méthode pour apprendre à
connaître la mer. Finalement, il est décidé
de faire construire deux voiliers légers, maniables,
et capables d'affronter le gros temps fréquent en Mer
d'Iroise.
Le
modèle retenu sera celui de la goélette "
islandaise ", la construction sera confiée aux Chantiers
Navals de Fécamp, spécialisés dans la construction
de goélettes de pêche. Initialement prévues
avec un double hunier, les goélettes seront finalement
gréées avec un seul hunier à rouleau. Elles
seront lancées en février 1932.
En
juin 1940, la Belle Poule et l'Etoile rejoignent les Forces
Françaises Navales Libres en Angleterre. En novembre
1940, alors qu'elles rejoignent Portsmouth, les deux goélettes
sont bombardées par l'aviation allemande, heureusement
sans être touchées.
Jusqu'en
avril 1944, la belle Poule et l'Etoile navigueront alternativement
et seront peintes en gris. Le 10 janvier 1941, deux bombes incendiaires
qui visaient le cuirassé Courbet tombent sur le pont
de la Belle Poule. Bien que grièvement blessé,
le commandant Blonsard parvient à sauver le voilier.
Le 13 mai 1944 les deux goélettes sont mises en réserve
à West-Hartlepool en Ecosse.
En
septembre 1945, la Belle Poule et l'Etoilent rentrent à
Brest en piteux état. Le moteur de l'Etoile est installé
sur la Belle Poule, et recevra en 1947 un moteur de camion
allemand. A la mi-47, la Belle Poule sera dotée du même
moteur. La restauration des deux goélettes aura duré
plus d'un an.
Depuis,
les deux surs jumelles assurent la formation des élèves
officiers de l'Ecole Navale. Elles sont tellement identiques
que lorsqu'elles naviguent ensemble, elles sont commandées
par un seul capitaine, et leurs manuvres sont d'une synchronisation
étonnante. En 1975 elles subissent d'importants travaux
de rénovation et reçoivent toutes deux un nouveau
moteur Baudoin de 245 CV.
Construites
sur le modèle de navires de pêche, les deux goélettes
auront, jusqu'à ce jour passé tout leur temps
sous les drapeaux. Derniers bâtiments à avoir fait
partie des Forces Navales Françaises Libres, elles arborent
au beaupré le pavillon à croix de Lorraine.
Aujourd'hui
toujours fringantes, bien qu'elles aient dépassé
les 70 ans, la belle Poule et l'Etoile continuent de perpétuer
les traditions de la marine à voile, en recevant à
leur bord le temps d'une campagne, de jeunes marins qui pourront
y acquérir le vrai sens de la mer.