Mais comme toute
aventure, elle n'était que le départ de la prochaine.
Ainsi, un homme de chez moi, Troyen, monsieur Jehan, passionné
de marcophilie navale, parvint à trouver mes coordonnées
en Antarctique et me demanda de lui envoyer quelques enveloppes timbrées,
si possible, postées à bord du brise-glace de ma compagnie.
Je m'exécutai avec joie, faisant dédicacer ces courriers
tantôt par le commandant, tantôt le plombier, tantôt
le météorologue. Quelques semaines après mon
retour en France, le marcophiliste vint me remercier et nous discutâmes
nonchalamment de ma prochaine destination. Comme d'accoutumée,
de prochaine destination, je n'avais point, seulement une idée,
cuisiner à bord d'un bateau d'exploration. Après de
nombreuses semaines et de longues heures à surfer sur internet,
je n'avais rien trouvé. Mais l'homme en face de moi, nanti
d'une vaste connaissance du monde maritime, mentionna demblée
La Boudeuse, un Trois-mâts Goélette amarré
actuellement à Paris, partant bientôt en expédition
et qui, lui semblait-il, cherchait un cuisinier!
Me voilà donc de nouveau à l'assaut d'internet, sur
le site de la Boudeuse, qui confirme les dires de mon providentiel
informateur. J'envoie donc prestement CV et lettre de motivation à
l'adresse indiquée. De longues semaines passeront, puis un
message: on me demande si je peux me rendre à bord de La Boudeuse
pour un entretien!
Nous serons trois personnes en face du capitaine pour ce premier rendez-vous,
de divers métiers ou horizons. Il nous demande les circonstances
de notre venue à bord et nous explique de quoi il retourne.
Il tente manifestement de nous faire peur et y parvient, il nous promet
de longues traversées des plus inconfortables, de longues journées
de travail physique et des conditions de vie à bord des plus
spartiates. Tout cela pour une période de six mois à
deux ans, sur les trois plus grands fleuves d'Amérique du sud,
les canaux de Patagonie et quatre îles perdues au milieu du
Pacifique. Le capitaine Franceschi nous demande ensuite, nantis de
ces nouvelles données, de retourner chez nous et de penser
posément à tout cela, et si nous sommes toujours intéressés,
de lui envoyer une deuxième lettre de motivation.
Perdu au milieu de mes cogitations, je m'aperçus soudainement
que cette aventure me faisait peur, je réalisai de plus qu'il
y avait bien longtemps que je n'avais pas eu peur. Quelque part, parmi
les regrets du passé et les craintes de l'avenir, la réalité
fit surface; à chaque fois que j'avais dépassé
mes peurs, j'en étais ressorti plus grand, plus confiant, plus
serein. C'est à peu de chose près ce que j'écrivis
sur mon deuxième courrier, additionné de quelque inutile
vantardise. La réponse se fit rapide et positive, j'allais
embarquer à bord de La Boudeuse pour une période
d'essai de deux mois.
Depuis lors, en plus des quelques tâches quotidiennes décrites
plus haut, j'aide des membres de l'association des Amis des Grands
Voiliers à faire visiter le bateau, trois fois par semaine.
Les visites sont gratuites, mais nous proposons aux visiteurs quelques
produits culturels; le livre de Patrice Franceschi, Tome 1 des dernières
aventures de "La Boudeuse autour du monde", cartes
postales, posters et le DVD de cinq des grandes expéditions
de Patrice antérieurs à la Boudeuse. Car l'homme, non
satisfait de son statut d'écrivain et de philosophe, bourlingue
depuis plus de trente ans. Il a participé à la libération
de Kaboul des forces russes, fondé avec Bernard Kouchner l'ONG
Solidarité, fait un tour du monde en ULM, sillonné
la forêt amazonienne à la recherche de peuplades inconnues,
pisté l'énigmatique tigre de Tasmanie, j'en passe, et
de nombreuses!
Ce serait pour moi une immense joie de vous conter régulièrement
les futures pérégrinations de La Boudeuse, à
ma façon, de l'intérieur. Je ne saurai évidemment
omettre mes réalisations culinaires, petites aventures dans
l'aventure. Je vous conterai également, comment et pourquoi
nous partirons avec une lettre de mission de létat français,
signée entre autre par Jean-Louis Borloo. Je vous dirai pour
quelles destinations nous hissons les voiles, mais je vous parlerai
surtout de ces hommes, si loin de nous et pourtant si semblables,
nichés aux coins les plus reculés de notre planète,
des hommes qui seront au cur de ces deux années dexpédition.
En attendant,
si lesprit daventure vous habite, si la curiosité
vous anime, venez nous rendre une petite visite à bord de La
Boudeuse, métro Bercy, les mercredis, samedis et dimanches.
Vous pouvez vous inscrire sur www.la-boudeuse.org
et choisir lhoraire qui vous convient, vous en sortirez conquis!
Cyril Millet, 18 janvier 2009