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Histoire des Tall Ships Races

 

Par Michel Balique

(Article initialement paru dans Grands Voiliers Info* n°85 - Hiver 2018/19)

 

La majorité de nos adhérents connaissent ou ont entendu parler des Tall Ships Races (TSR). Bon nombre d’entre nous ont participé à une ou plusieurs éditions, mais sans doute bien peu connaissent l’histoire de ce qui fut pendant près de trente ans la fameuse « Cutty Sark ».

A l’origine, la première Tall Ships Race se voulait une sorte de baroud d’honneur des Grands Voiliers que tout le monde s’attendait à voir disparaître dans les années à suivre. Supplantés par les bateaux à moteur à une époque où les modes de transport étaient en pleine mutation et où ne comptaient plus que la rapidité, le volume transporté et la fiabilité dans les délais d’acheminement, l’heure de la retraite sonnait pour les Grands Voiliers qui avaient si bien rempli leur office pendant des siècles. L’ère du « juste à temps » et du « flux tendu » pointait déjà à l’horizon. Mais les choses ne se sont pas déroulées comme prévu…

L’idée d’une course internationale pour les bateaux d’entraînement à la voile, animée par des équipages constitués de cadets et de marins en formation, a été discutée pour la première fois en 1953. Bernard Morgan, retraité de Londres, rêvait de créer une Confrérie de la Mer, dans laquelle les jeunes du monde entier pourraient s’affronter dans une compétition amicale. Il pensait que ce serait une bonne façon de marquer ce qui était considéré comme la fin de l’ère de la voile. L’idée a trouvé un écho favorable en la personne de l’ambassadeur du Portugal au Royaume-Uni, Pedro Teotónio Pereira, qui pensait qu’une course pouvait favoriser de bonnes relations et une meilleure compréhension entre les jeunes de différents pays.

Plus Morgan et Pereira parlaient de cette idée, plus ils rencontraient de sympathisants, excitant l’imagination de beaucoup de gens de mer du monde entier, dont, en Grande-Bretagne, l’Amiral de la Flotte, Lord Louis Mountbatten, et Son Altesse Royale le duc d’Edimbourg. Un comité de course international de voile fut donc créé et un tracé établi entre Torbay au Royaume-Uni et Lisbonne au Portugal en juillet 1956. Vingt navires participèrent à cette première course, répartis en deux classes, celle de plus de 100 tonnes et celle de moins de 100 tonnes. Les plus de 100 tonnes étaient : Moyana (Royaume-Uni), Christian Radich (Norvège), Ruyam (Turquie), Falken (Suède), Maybe (Pays-Bas), Gladan (Suède), Flying Clipper (Suède), Créole (Royaume-Uni), Sørlandet (Norvège), Georg Stage (Danemark), Sagres (Portugal), Mercator (Belgique). Les navires de moins de 100 tonnes étaient : Artica II (Italie), Juana (Argentine), Sereine (France), Marabu (Royaume-Uni), Bellatrix (Portugal), Theodora (Royaume-Uni), Provident (Royaume-Uni) et Berenice (Royaume-Uni).

C’est le voilier argentin Juana qui franchit le premier la ligne d’arrivée mais, en temps compensé, le voilier britannique Moyana fut le grand vainqueur, battant le Norvégien Christian Radich à la deuxième place.

Hélas, sur le chemin du retour à Southampton, Moyana fut pris dans une tempête et coula. Les 23 officiers et membres de l’équipage furent tous secourus. Ils eurent même la présence d’esprit d’emporter leur trophée avec eux !

Cette première course devait être ponctuelle, mais elle attira une telle couverture médiatique, en particulier dans les pays des navires participants, que le Comité décida de rééditer l’événement en 1958 et par la suite tous les deux ans. Ainsi, le Sail Training Race Committee devint un organisme permanent, se changeant au fil des ans et selon les circonstances en STA, ISTA, avant de revenir finalement à ses racines comme Sail Training International aujourd’hui.

Le Sail Training International (STI) moderne a été créé au début de 2002 et a obtenu l’année suivante le statut d’organisme de bienfaisance. L’équipe originale était composée des directeurs et des membres du Comité international de l’Association internationale de formation à la voile (ISTA).

Voici quelques dates importantes dans l’histoire de STI et des Tall Ships Races.

 


1956

Première Tall Ships Race.

1964

La flotte est divisée en classes A et B.

1967

STA (Sail Training Association) organise avec succès une série de courses populaires avec une flotte internationale. Elle a également dispensé une formation à la voile à 78 jeunes tous les quinze jours, de mars à novembre.

1968

La « règle de notation » est introduite pour donner une chance égale à chaque navire concurrent.

1972

L’idée d’« échange d’équipage » est introduite. Il s’agit de changer plusieurs équipes et de mélanger les nationalités de navires de tailles différentes. Cutty Sark Scotch Whisky parraine les courses.

L’American Sail Training Association (ASTA) est créée.

Le quatre-mâts goélette chilien Esmeralda au départ d’une Cutty Sark
© Raymond Houillon

1973

Les courses se développent à l’échelle internationale, avec l’URSS qui inscrit ses premiers navires.

1976

Des courses plus importantes sont organisées. Celle de 1976 débute à Plymouth au Royaume-Uni et s’achève à New York, avec des courses aux Canaries et aux Bermudes.

1978

L’ASTA s’est affiliée à STA, inspirée par son éthique. Elle commence à organiser des courses annuelles dans les eaux nord et sud-américaines.

Tall Ships Regatta 2013 à Toulon  © Michel Balique

1980

Les radios VHF sont introduites comme équipement obligatoire. Cette règle a amélioré la sécurité et permis aux officiels de course de rester en contact avec les concurrents. C’était aussi très intéressant pour les stagiaires, car ils étaient maintenant en mesure de suivre la position de leurs rivaux.

Jolie Brise, cotre pilote construit au Havre en 1913 et acquis par la Grande-Bretagne quelques années plus tard, remporte la course toutes catégories confondues. Au cours des années suivantes, la communauté de formation à la voile a continué de croître. La taille des flottes a augmenté et les échanges d’équipage sont devenus de plus en plus populaires.

1989

145 bateaux de formation à la voile se réunissent à Londres, et 120 d’entre eux participent à la course.

1992

La régate Christophe Colomb établit un nouveau record. Au total, 32 voiliers de classe A et environ 160 navires ont quitté Cadix (Espagne) pour San Juan (Porto Rico).

2002

Création de Sail Training International par une vingtaine d’associations nationales, dont les Amis des Grands Voiliers. Cutty Sark Scotch Whisky cesse de parrainer les courses de Grands Voiliers en raison de l’interdiction de la publicité sur les alcools sur les sites de rencontres sportives.

2003

STI se voit attribuer le statut d’organisme de bienfaisance.
 

Tall Ships Atlantic Challenge 2009  © Emmanuel Le Clerc

Tall Ships Races 2005 à Cherbourg  © Michel Balique

2005

Cherbourg reçoit les voiliers qui ont pris le départ à Waterford (Irlande). Plus de 100 voiliers étaient réunis dans le port normand. La darse Atlantique, qui autrefois recevait les grands paquebots, était remplie par les classe A amarrés à couple. Une fête particulièrement réussie, grâce à l’investissement de la municipalité, qui avait mis les petits plats dans les grands !

2006

Cette année a marqué le 50e anniversaire de la première Tall Ships Race. Un certain nombre de navires ayant participé à la toute première course rejoignirent la flotte. Sereine, voilier emblématique de l’Ecole des Glénans qui avait participé à la course de 1956, avait été entièrement restaurée à cette occasion. Skippée par Jean-Yves Béquignon, alors capitaine de corvette et chef de bord haute mer aux Glénans, Sereine se classe première des voiliers « vétérans ».

2007

STI est nominé pour le prix Nobel de la Paix en raison de son action pour la paix dans le monde et le rapprochement entre les peuples.

Une Tall Ships Race est organisée pour la première fois en Méditerranée, entre Alicante, Barcelone, Toulon et Gênes. C’est un immense succès populaire à Toulon. Il faut dire qu’une délégation toulonnaise était venue à Cherbourg deux ans auparavant et en était repartie avec tous les ingrédients pour organiser une escale inoubliable. « Maintenant, il va falloir s’habituer à ne plus les voir », c’est ce qu’on pouvait entendre sur les quais une fois les Grands Voiliers partis en direction de Gênes.

2009

STI organise le Tall Ships Atlantic Challenge, qui donnera l’occasion à la Belle Poule et à l’Etoile d’effectuer leur première traversée de l’Atlantique, d’atteindre le point le plus au sud et le plus à l’ouest de leur vie, et de passer la plus longue période à la mer. Plusieurs adhérents ont pu participer aux courses, certains et certaines revenant avec un bel uniforme de la Royale et un galon d’aspirant !

 

Tall Ships Races 2008 à Kalvag (Norvège)  © Emmanuel Le Clerc


2013

Les Tall Ships Races attirent une flotte de navires fidèles, qui rivalisent aussi souvent que possible. Plus de 100 ont pris part à la course, avec environ 10 000 stagiaires à bord. Environ 5 millions de personnes ont visité les quatre ports : Aarhus (Danemark), Helsinki (Finlande), Riga (Lettonie) et Szczecin (Pologne).

Une Tall Ships Regatta est organisée en Méditerranée entre Barcelone, Toulon et La Spezia. Plus de 900 résidents locaux s’étaient préinscrits sur le site mis en place par Toulon-Provence-Méditerranée. Parmi eux, plus de 300 personnes ont pu participer aux deux courses. Comme en 2007, la ville de Toulon avait déployé les grands moyens avec, entre autres, un comité de pilotage présidé par notre ami l’Amiral Gérard Gachot qui organisa une dizaine de réunions de préparation. Le maire de Toulon, M. Hubert Falco, n’hésitant pas à donner de sa personne, avait invité les entreprises locales au cours de trois conférences de presse pour les inciter à participer à l’événement. On n’a rien sans rien, et le public toulonnais en redemande!

2016

STI lance Sail On Board, un site Web dédié à la promotion de la formation à la voile auprès des jeunes.

Pour la première fois, les Gazelles de la Mer, un équipage féminin du groupe La Poste, ont embarqué à bord du Belem pour la course entre Lisbonne et Cadix. Désireux de mettre en lumière le personnel féminin, majoritaire dans l’entreprise, le groupe a participé à plusieurs reprises au Rallye Aïcha des Gazelles. Pour des raisons de sécurité, après les attentats commis en Afrique du Nord, la Direction du groupe a cherché un événement de niveau international dont les valeurs coïncidaient avec celles des postières. Les Tall Ships Races et le Belem se sont imposés comme une évidence.

Tall Ships Races 2016 à bord du Alexander von Humbolt II
© Philippine Collod

2017

La Tall Ships Regatta « Rendez-vous Québec 2017 » emmène les voiliers sur le parcours Greenwich-Sinès-Bermudes-Boston-Québec-Halifax avec arrivée au Havre pour le 500e anniversaire de la création de la ville et du port par François 1er. Quatre voiliers feront la totalité de la course : Alexander von Humbolt II, Atyla, Blue Clipper et Oosterschelde, tout comme la jeune Québécoise Catheryne Langford (voir le GVI n° 83, hiver 2018). Amarrés dans le bassin Paul Vatine et le bassin de l’Eure, les Grands Voiliers offrirent un spectacle de toute beauté, les voiliers ayant participé aux Tall Ships Races en mer du Nord ayant été invités à rejoindre la manifestation.

2018

La Tall Ships Regatta Liverpool-Dublin-Bordeaux a souffert de l’organisation en parallèle d’un immense rassemblement commémorant le bicentenaire de l’indépendance des pays d’Amérique du Sud, monopolisant la totalité des voiliers sud-américains en plus du Sagres II et du Juan Sebastian de Elcano qui étaient invités, et d’un autre rassemblement en mer du Nord. Pour pallier le manque de Grands Voiliers (six seulement purent participer à la deuxième course), la municipalité de Bordeaux dut affréter quelques grandes unités, ce qui n’alla pas sans créer quelques tiraillements. Mais, au final, la fête fut totale, le public enthousiasmé, les commerçants exposant pour « Bordeaux fête le vin » ravis de cet environnement de voiliers majestueux.

Les Tall Ships Races en mer du Nord ont permis au voilier de l’Ecole navale Hosanna, skippé par Jean-Yves Béquignon puis par Patrice L’Hour, de remporter une des premières places toutes catégories confondues.

Les courses attirent généralement de 30 à 100 voiliers, ce qui donne l’occasion aux jeunes stagiaires de rencontrer leurs homologues d’autres pays et de découvrir de nouvelles communautés. Les courses de Grands Voiliers ont lieu chaque été dans les eaux européennes, de la Baltique à la Méditerranée. Elles comprennent généralement quatre ports, avec une course entre le port un et deux, une croisière en compagnie entre les ports deux et trois, et une seconde course entre les ports trois et quatre. Chaque port organise un programme d’activités sociales, sportives et culturelles pour les équipes de stagiaires ainsi qu’un défilé des équipages dans les rues et une remise de prix. L’arrivée des navires, l’accostage, le désamarrage et la parade des voiliers sont assurés par la direction de chaque port, tandis qu’un système d’officiers de liaison bénévoles, organisé par la municipalité hôte, s’occupe de chaque navire et de son équipage.

Plusieurs ports français ont accueilli des Tall Ships Races ou Tall Ships Regattas :

– Saint-Malo détient le record avec 12 participations : 1969, 1970, 1971, 1972, 1973, 1974, 1983, 1984, 1994, 1999, 2006 et 2012 ;

– Cherbourg suit de peu avec 11 escales : 1965, 1966, 1967, 1968, 1969, 1970, 1971, 1972, 1973, 1987 et 2005 ;

– suivent loin derrière, avec deux participations, Brest en 1958 et 2002, Toulon en 2007 et 2013, Le Havre en 1977 et 2017 et Bordeaux en 1990 et 2018 ;

– alors que beaucoup pensent que 2007 est l’année de la première Tall Ships Race en Méditerranée, Cannes en 1960 et Monaco en 1971 ont accueilli la course des Grands Voiliers. Mais il faut dire qu’à ces dates l’idée de créer l’association était loin de germer dans l’esprit de ses créateurs !


Tall Ships Races 2016 à bord du Gulden Leeuw  © Louis-Antoine Dufay

*Grands Voiliers Info (GVI) est une revue semestrielle destinée aux adhérents de l'Association et recueillant des dizaines de récits, d'histoires, d'anecdotes relatives aux Grands Voiliers et aux évènements auxquels l'Association participe. Véritable lien entre le bureau de l'Association et les adhérents jusqu'à l'avènement d'Internet, les GVI demeurent aujourd'hui le réceptacle de souvenirs communs aux Amis des Grands Voiliers.

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